
Descendez du train deux arrêts après Collioure, puis laissez les chemins vous mener jusqu’à la mer. Au bout, Banyuls-sur-Mer vous attend. En ce début d’automne, votre pull pourra encore rester longtemps sur vos épaules…
Dans l’ombre (très) ensoleillée de Collioure
La Côte Vermeille, tout le monde en connaît au moins une carte postale. Celle de Collioure, par exemple, avec son clocher planté dans les vagues et ses ruelles qui ont tant ébloui Matisse et Derain qu’elles sont devenues l’un des berceaux du fauvisme. Résultat, le village affiche complet de juin à septembre, ses parkings avec.
Banyuls, à une vingtaine de minutes de route plus au sud, a eu l’élégance de rester en retrait. Ses quelque 4 500 habitants vivent au rythme de la vigne et de la mer, et l’automne y est sans doute la plus belle saison. En octobre, les après-midi tournent autour de 21 degrés, la pluie se fait rare et la mer, qui a gardé en réserve la chaleur de l’été, affiche encore 19 degrés en moyenne. De quoi piquer une tête sans avoir à jouer les héros…
Il suffit pourtant de lever les yeux vers les collines pour voir que l’automne, lui, est bel et bien arrivé : les vendanges viennent de s’achever, à la main, sur des coteaux de schiste si pentus qu’aucune machine ne s’y risque. Pour retenir la mince couche de terre les jours d’orage, des générations de vignerons ont monté des murets de pierre sèche et creusé des rigoles en épi, les agulles, qui dessinent sur les pentes de curieuses arêtes de poisson. On parle ici de viticulture héroïque, et il suffit de grimper un sentier entre les rangs pour que les mollets donnent raison à l’expression.
Le vin qui prend le soleil
Le banyuls est un vin doux naturel, dont on interrompt la fermentation en ajoutant de l’alcool afin de garder une partie du sucre du raisin. Mais sa vraie signature se repère depuis le bord de la route. Dans certains domaines, des rangées de bonbonnes de verre patientent en plein air, livrées au soleil et aux écarts de température pendant des mois, parfois des années.
Cette oxydation volontaire donne aux rouges des reflets tuilés et fait naître le rancio, un bouquet où se croisent la noix, l’orange confite, le cacao et le café. Pour le goûter, direction la Cave de l’Étoile, la coopérative du village, où ces vieux millésimes se dégustent au comptoir, à petites gorgées. Ici, on le réserve volontiers au dessert, et le chocolat noir n’a pas trouvé de meilleur partenaire.
Et pour retrouver l’été, il suffit désormais de plonger
Entre Banyuls et Cerbère s’étend la réserve naturelle marine de Cerbère-Banyuls, 650 hectares de mer protégée le long de 6,5 kilomètres de côte, la seule réserve française entièrement marine. Depuis la plage de Peyrefite, un sentier sous-marin balisé de 250 mètres se parcourt en palmes, masque et tuba. On y survole des herbiers de posidonie qui ondulent comme des prairies sous le vent, des éboulis où se faufilent les sars et des bancs de saupes dont les rayures jaunes n’apparaissent qu’en s’approchant tout doucement. La surveillance et la location s’arrêtent fin septembre, mieux vaut donc venir avec son propre matériel et nager prudemment. L’eau, elle, n’a rien perdu de sa transparence.
Le lendemain, direction l’arrière-pays. À quatre kilomètres du centre, au creux de la vallée de la Roume, où la Métairie se cache entre cyprès, oliviers et figuiers. Aristide Maillol, enfant du pays né en 1861, venait y travailler et y passer ses hivers. La petite ferme abrite aujourd’hui un musée consacré au sculpteur, avec une trentaine de bronzes et de terres cuites, son atelier et même sa cuisine. Dans le jardin, sa tombe repose sous La Méditerranée, cette femme assise et songeuse qu’il sculpta en 1905. Difficile d’imaginer épitaphe plus juste pour un homme de cette côte.
Jusqu’au bout de la ligne
Reste le trajet, et c’est là que Banyuls marque un dernier point. Depuis Bruxelles-Midi, Perpignan se rejoint en un peu plus de sept heures de train avec une seule correspondance, avant une quarantaine de minutes de TER jusqu’à la petite gare du village. Une journée de voyage, certes, mais passée à regarder la France défiler derrière la vitre plutôt qu’à piétiner dans une file d’embarquement. Une fois sur place, ses deux jambes et un maillot suffisent.
Alors on ralentit, Mesdames et Messieurs. Un bain en fin de matinée, une assiette d’anchois sous un parasol qu’on n’espérait plus ouvrir avant juin. À mille kilomètres de là, il pleut probablement sur Bruxelles. On compatit, vraiment, mais pas au point de rentrer plus tôt.
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